01:00 Svalbard Airport
Il est bientôt une heure du matin, nous sommes prêts à quitter notre appart. Je profite des dernières minutes de connexion pour vous faire part du sentiment qui me traverse. A la fois de la nostalgie, car j’ai vécu des instants magiques dans des lieux sublimes, mais aussi de la joie. Le bonheur de quitter cette terre hostile, froide, pas très accueillante humainement parlant; le bonheur de rentrer à la maison une fois le travail fait. La simple envie de raconter toute l’histoire à ceux restés en France, et d’être à leur côté. Prendre le temps de penser à soi…
Je serai en France à partir de lundi midi et à la maison vers les vingts heures.
Escale à Barentsburg
Dernier séjour en Baie du roi
C’est fait ! Les séjours sont terminés. Plus de groupe, plus de repas dans la tente mess à quatre pattes, plus de tour de garde…Le retour définitif à la civilisation n’a plus le même goût. Je sais pertinemment ce que je laisse derrière moi. Des glaciers d’un bleu pur, des jeux de lumière inimaginables, le calme absolu, l’ambiance arctique en sorte… C’est donc non sans un pincement au coeur que j’ai quitté mercredi soir Ny Alesund (base scientifique internationale), lieu de départ et d’arrivée de notre expédition. Rester une semaine dans cette baie, coupé du monde extérieur, procure un sentiment de liberté, accentué par l’absence de nuit et la présence d’animaux sauvages dans un décor sublime. Lle détachement est total.
Par chance, j’ai eu lors de ma dernière rotation un groupe extra. Six personnes, deux couples et des femmes seules. Quatre femmes pour deux hommes, rare pour cette destination. Un groupe moteur, dynamique, intéressant et intéressé de tout. Un groupe facile en somme. Un véritable bonheur de travailler avec eux. Malgré des conditions plus que déplorables à notre départ (limite pluie-neige pendant deux jours) je garderai de ce dernier séjour un très bon souvenir. Je ne vous cache pas qu’avant le départ pour ce raid, la peur de compter les jours me guettait. Il faut dire aussi que deux semaines à Longyearbyen à faire du boulot de merde, on tombe vite dans la déprime sérieuse…En somme, ce séjour est vraiment bien tombé.
Afin de vous faire une idée, avant mon retour avec des explications plus poussées, voici le tracé de notre périple en arctique. Nous sommes déposés à Ny Alesund après une croisière de trois jours en bateau. De là, nous partons pour une semaine de trip en kayak en autonomie totale. Nous alternons kayak et randonnée afin de pouvoir profiter pleinement de l’endroit. Le niveau en kayak des participants est nul, mais ce n’est pas un problème. Le kayak n’est pas la finalité, il est juste un moyen pour se rapprocher des éléments qui nous entourent. Glace, mer, caillou…le raccourci est un peu rapide mais a le mérite de bien résumer le Spitzberg.
Je vous laisse comme il se doit avec les derniers clichés…le reste est en stand by sur l’ordinateur.
A bientôt.
Petite mise à jour de style
Et une semaine de plus à Longyearbyen…
J’ai repris les entraînements de musculation, pour dire à quel point on se fait c……ça occupe et on se fait un peu mal, ça fait vraiment du bien. On profite aussi de la piscine, il est toujours bon d’enchaîner les longueurs, histoire de faire tourner un peu le coeur. C’est pas avec les participants qu’on se fait mal… On la joue plutôt à la Suisse, sans violence. Eux sont à fond, nous tranquille. Ce qui nous oblige à nous couvrir bien plus, du fait que nous sommes bien moins actifs qu’eux. Toujours est-il que je suis bloqué ici pour encore une semaine. Mon prochain groupe arrive dimanche, groupe de six donc petit groupe, bien comme je les aime. Je repartirai pour mon dernier séjour en Baie du Roi, revoir une dernière fois Ny Alesund et sa cité scientifique.; Magdalennfjord et son histoire de baleinier; Lilliehook et son glacier majestueux de 12 kms de long…
Tant de choses ne peut se raconter par écrit, elles doivent se vivre. L’arctique peut se raconter mais il n’en est rien par rapport à la sensation que l’on ressent en venant ici. Ce grand désert de glaces nous pousse à une humilité naturelle, à relativiser notre monde » contemporain. » Je ne me veux ni philosophe, ni prêcheur mais venir ici c’est comme retourner à la vie sauvage. Pendant une semaine, faire abstraction de la vie de tous les jours, déconnecter totalement…Je ne saurai trop vous recommander l’arctique.
J’ai déjà pris mon billet retour, je serai sur le sol français si tout va bien le 1er septembre. Et ce sans les problèmes d’avion qui sont très fréquents ici. Vous êtes tous invités à voir les photos de mon trip au Spitzberg, même si vous pouvez déjà les voir ici ce n’est rien sans les commentaires. C’est comme un voyages sans guide, vous passez à côté de quelque chose…
A bientôt
Petite vidéo de l’arctique
Spitzberg 2008
Après plus d’un mois passé dans l’archipel du Svalbard, je me devais de donner des nouvelles.
Les deux premiers séjours se sont très bien passés. Le premier était accompagné d’une légère appréhension dans la mesure où je partais avec mon groupe sur un séjour dont je ne connaissais que le nom, La Baie du Roi.
C’était comme partir en terra incognita; en même temps je le savais et c’est aussi pour ça que je suis venu ici. Vivre une aventure à tous les sens du terme, aussi bien personnelle que professionnelle. Gérer des groupes est toujours enrichissant, il faut être à la fois à l’écoute des personnes, garder ses convictions, être inflexible quand il le faut, ne pas craquer face à la pression du groupe, répondre à leur attente, être psychologue dans certains cas…Un métier complet, passionnant mais aussi épuisant, physiquement et mentalement. Comme on dit par chez moi. « Si t’as pas le mental, t’es mort ».
Le côté physique de mon séjour n’est pas le kayak de tous les jours, mais les conditions de vie. Sous tente, matelas, tour de garde, météo rarement clémente…La fatigue vient de là. Pas de l’activité propre, mais des conditions de vie. Mais bon…c’est le jeu.
J’avoue qu’avec le recul, l’observation du phénomène de groupe à huit clos est très intéressant. Les individus se découvrent d’autant plus vite que les conditions sont dures : froid, fatigue…Passionnant. Il nous faut, nous guide, garder une lucidité à toute épreuve. Très formateur.


